Le 6 février, je souhaitais à ma mamie de voir d’autres couleurs, elle dont le corps et l’esprit ne voulaient plus.
Le 15 février, en vaquant à mes occupations, j’ai su que j’allais passer mon permis et que ma grand-mère ne serait plus là.
Le 16 février, ma grand-mère était morte. Première réaction, des larmes, sans doute dues au choc de cette mort à laquelle on s’attendait pourtant, mais sans doute aussi à ces mois difficiles à voir ma mamie souffrir, à voir ma mère souffrir de voir sa mère souffrir, à ces mois qui nous ont appris ce qu’était la maladie d’Alzeihmer associée à un col du fémur cassé : une chute rapide. Vite après les larmes, des phrases un peu bateau mais tellement vraies : “c’est mieux pour elle”.
Je parle un peu avec ma mère, avec Jeremy, et avec mon autre grand-mère. On évoque la mort de mon grand-père, que j’ai vécue de loin, puisque j’étais au Canada et que j’ai toujours un peu niée en me persuadant que si je ne voyais pas mon grand-père, c’était parce que je voyageais beaucoup et que je ne passais pas beaucoup de temps en France.
Le 23 février, c’est le jour de l’enterrement. C’est une première pour moi. Avec ma mère, mon frère et Charlotte, on s’y rend en voiture. A l’église, on revoit pour la première fois depuis très longtemps des cousines, des oncles, des tantes et des gens qu’on a dû voir étant petits mais dont on ne se souvient pas. Il faut dire que nos relations avec eux sont inexistantes depuis des années. C’est triste de constater que ce sont souvent les enterrements qui forcent les familles à se réunir.
Nous entrons dans l’église – particulièrement moderne et sobre – et le cercueil est apporté. Je ne pensais pas réagir de façon aussi virulente, je fonds en larme à la seule pensée que ma grand-mère est dans cette “boîte”.
La bénédiction ne sera pas trop longue. A ce moment, je comprends que tant de gens croient en Dieu. C’est avec plaisir que je dis au revoir à ma mamie en écoutant ces mots qui ne m’évoquent pourtant pas grand chose. Je me dis que s’il y a un moment où on peut avoir envie de croire pour l’autre, qu’il est dans un meilleur ailleurs, c’est bien maintenant.
Ceci dit, quand la prêtre a dit que “grâce à Dieu, Ginette a pu terminer sa vie chez elle, comme elle le souhaitait”, au fond de moi, j’ai pensé que dans ce cas, je croyais en Dieu, car Dieu c’est ma mère, qui a laissé derrière elle de l’énergie et des plumes pour que le vœu de ma grand-mère soit exaucé.
Combien de gens ont dans la bouche ce “grâce à Dieu” ?! Quitte à évoquer Dieu, je préfère dire “aide-toi, le ciel t’aidera”.
On fait des choix, des bons, des mauvais et la vie suit son cours en conséquence. Si ma grand-mère est morte chez elle, ce n’est pas grâce à Dieu ! Alors merci maman, je pense que tu as prouvé à mamie tout l’amour que tu avais pour elle.
Des bouchons sur la route et un petit souci de point de rendez-vous ne nous ont pas permis de voir ma grand-mère avant que son cercueil soit fermé. J’avais hésité à aller la voir mais avec le recul, je pense que j’aurais eu beaucoup de mal à la voir morte, même si apparemment elle était très belle, soulagée de ses douleurs, avec sa robe bleue et ses chaussures qu’elle trouvait confortables.
Je n’aurais pas eu l’occasion de le lui dire de vive voix, ca aurait été mal venu, mais mamie, je suis contente d’avoir passé tout ce temps avec toi depuis mon retour du Canada, de t’avoir tenu la main quand tu étais angoissée, de t’avoir dit des “mamies” rassurants, même si tu ne te souvenais pas toujours de moi, de t’avoir parlé à l’oreille et fait des bisous sur la joue quand tes soins te faisaient mal. Avec maman, on se rappellera toujours de la belle femme que tu as été.










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