Ce matin, on a un email de Ben, qu’on avait pu voir à Toronto et qu’on espérait pouvoir voir quelque part dans l’ouest américain, parce qu’elle aussi est en train de se faire un petit road trip avec des coupines. Elle nous dit que ce soir, après une randonnée dans Joshua Tree, elle dormira dans un camping à Montezuma. Hop, GPS, Joshua Tree – Montezuma. C’est parti.
Quand on arrive au point indiqué par le GPS, on est en plein milieu d’un désert, enfin il y a quelques maisons, mais les routes ne sont pas pavées et on ne voit personne. De toute évidence, ce n’est pas là. On reprend le GPS et on lui demande le camping le plus proche. On y rencontrera des gens super sympa qui ne voient pas du tout où peut se trouver Ben. Une des femmes lance qu’elle connaît bien une ville qui s’appelle Montezuma mais que c’est dans l’Arizona (nous sommes en Californie) et que c’est loin d’ici.
On nous conseille d’aller au Visitor Center du Park (car on est pas à proprement parlé dans le Joshua Tree National Park, on n’en est pas loin). Une des jeunes filles présentes nous explique qu’elle apprend le français et quand elle apprend qu’on vient de Paris, elle trouve ça “so cool”, elle le dira à sa prof ;)
Je me dis qu’on ferait mieux de retenter de trouver l’endroit dont Ben nous a parlé. Sur le GPS, un autre Montezuma apparaît, un peu comme un lieu-dit. On tente.
Finalement, c’est tout aussi isolé et a priori on y est déjà passés. On se décide à mettre l’adresse du Visitor center dans le GPS qui nous demande si on veut bien emprunter des routes non pavées. Disons qu’on peut pas faire autrement, on est déjà sur une route non pavée :p
Ca nous fait marrer d’être là en plein désert, de voir de temps à autre des sortes de caravanes complètement oubliées, on se demande si des gens vivent là. C’est marrant de se balader comme ça le dernier jour. Ce qui avait l’air marrant jusqu’ici va se transformer en notre galère la plus difficile et le pire, c’est qu’on ne verra pas Ben en récompense ce soir !
A à peine 2 miles du Visitor Center, on doit emprunter une route qui a l’air bien destroy, des gros cailloux sur la route et un air de route à 4×4. Mais on décide d’y aller. Et plus ça va, moins ça va… A un moment, je vais en éclaireur à pied et ce que je vois m’angoisse, la route devient plus étroite et il y a des énormes cailloux par terre, la voiture ne passera pas, c’est certain.
Jeremy recule et je le guide, mais malheureusement, la voiture va se trouver « embourbée”, un gros caillou touche le dessous de la voiture. On va essayer pendant une demi-heure de mettre d’autres cailloux, de surélever la voiture, de pousser, tout… rien à faire.
Jeremy commence à s’énerver, moi, je m’en veux d’avoir voulu chercher plus (au lieu d’écouter les gens du camping) et je trouve que s’énerver fera pas avancer le schmilblik alors – comme si c’était mieux – je me mets à chialer, ce qui aura pour effet de calmer Jeremy, bien décidé à prendre la situation en main. On abandonne notre voiture et on part essayer de trouver quelqu’un susceptible de nous aider. On marche dans un sable épais dans lequel on s’enfonce, le soleil nous tape dessus et au loin, on ne voit pas grand chose. On aperçoit une maison et des véhicules après 20 bonnes minutes. C’est moi qui prends la parole – ça inspire plus la confiance une fille :p – “excusez-moi, y a quelqu’uuuuuuuun ?” *rien* “on a un problème avec notre voiture” *rien*.
Rien sauf quelques petits bruits comme dans la première scène d’Il était une fois dans l’ouest. Il y a un panneau criblé de balles et par terre, des douilles… Tous les scénarios sont imaginables à ce moment précis.
On marche encore plusieurs minutes, même échec. Un peu plus loin encore, on se trouve face à des chiens surexcités (vive les grillages) qui nous laissent penser qu’il y a un maître dans le coin. C’est le cas, il sort et se présente, prénom, nom. Il n’est pas tout jeune et porte une ceinture lombaire. Heureusement, il est ok pour nous aider. Merci, merci, merci…
Non seulement sa présence et sa gentillesse nous rassurent mais ce mec est tropdoué. Il tire notre voiture, après s’être glissé dessous, il emmène son 4×4 plus loin, prend le volant de la nôtre, fait marche arrière – rayant tout le côté de la voiture mais là tout de suite, on s’en fout, il faut ce qu’il faut et il le fait très bien !!!
Ensuite il nous dit qu’il faut reprendre le chemin qu’on a pris pour venir. “Et pourquoi pas celui-là ?” (par où on est passés à pied pour aller chercher de l’aide). Parce que le sable y est trop mou, on va s’embourber…
OK, et là encore, Jeremy m’impressionne, il accélère quand il faut, passe doucement quand il faut sur cette route étroite, qui monte et qui descend, parfois les deux en même temps (par moment, on est presque à la verticale) et enfin, on rejoint une route plate. Quand le mec nous a emmené sur les lieux du problème, on a réalisé qu’on avait été dingue de passer par là. Depuis nos sièges, dans notre voiture, ça semblait casse-cou mais jouable mais vu de haut, depuis son 4×4, ça semble vraiment inconscient.
Tom, de son petit nom ;), nous ramène sur une route en béton pour être sûr que tout va bien pour nous, on est tellement soulagés. C’était l’après-midi, la nuit allait tomber demain, on doit prendre nos avions respectifs demain, ça faisait trop de pression pour une seule et même journée.
On s’assure de demander à notre sauveur son adresse pour pouvoir lui envoyer un colis typiquement français à notre retour. Quand on est en galère comme ça a été notre cas, il y a une bonne part de désespoir qui intervient, on aimerait se pincer et que ce ne soit pas la réalité mais ça l’est. Dans notre cerveau, tout va trop vite, pourquoi on est passés là ? Pourquoi on n’a pas vu que c’était pas faisable ? Pourquoi, pourquoi ? On se dit qu’on va forcément trouver une solution et l’instant d’après, on se dit que non, c’est terrible comme on gamberge. Et quand la solution est là et que le problème se résout, c’est tellement de soulagement et de bonheur d’un coup que c’est comme si ça valait lecoup d’avoir balisé (c’est comme enlever ses chaussures de filles après une journée à avoir mal aux pieds :p) enfin je dis bien “comme si ça valait le coup” hein ;)
On passera une bonne heure à partager notre bonheur, nos “et puis quand il a sorti la voiture”, nos “roh, quand on a rejoint une route toute plate”, trop de choses à exprimer après un stress pareil, d’autant qu’on ne voulait mutuellement pas se stresser et qu’on marchait calmement de maison en maison sans trop se dire le fond de nos pensées.
On va ensuite dans la ville la plus proche essayer d’appeler Ben pour savoir où on peut la rejoindre, sans succès, elle ne répond pas. On saura le lendemain matin qu’elle et ses copines étaient bel et bien en Arizona, à Montezuma. Dommage…
On trouve un motel bien et pas très cher, et ce soir c’est repos. Pas de sac, rien, on verra demain matin. A chaque jour suffit sa peine comme on dit…
Demain, on rangera les sacs de façon à mettre un max de choses sans que ce soit trop plein (il reste encore un peu de voyage à faire et peut-être de choses à acheter). On jette nos oreillers Air China (on s’avouera plus tard que ça nous aura fait quelque chose de les jeter dans une benne). Et le reste alors, on le jette ? On décide de laisser la nourriture qui nous reste et nos tentes/duvets/réchaud etc. dans notre chambre. Je dis à la femme de ménage qu’elle peut prendre tout ce qu’elle veut et laisse un mot pour être sûr que la personne qui s’occupe de notre chambre sache qu’elle peut se servir.
Quand je ferme la porte, j’ai un peu les boules de laisser tout ça. Je suis plutôt du genre à ne pas trop m’attacher aux choses mais là, ce ne sont pas n’importe quelles choses, elles ont fait notre vie pendant 4 semaines, ça peut paraître con à lire comme ça, mais on n’est clairement pas prêts à tourner la page road trip dans l’ouest américain…
On rejoint LA, on rend la voiture, on ne nous demande de rendre aucun compte grâce à notre super assurance (tant mieux d’ailleurs… ) et direction l’aéroport.
On passe une heure et demie tous les deux (pendant laquelle on me trouve un T-shirt “je bats mon mec à Guitar Hero – j’achète !!!!) et Jeremy doit prendre l’avion pour Seattle. Il m’a demandé de ne pas pleurer alors on se dit rapidement au-revoir mais quelques minutes après, le contre-coup de son départ me tombe dessus. Pendant une bonne heure, j’erre dans l’aéroport, à gauche à droite, sans arriver à me poser nulle part. Après, je suis triste, je pleure, j’essaie de jouer à la DS pour penser à autre chose mais je n’y arrive pas.
Je me souviens quand Camille a pris son avion après nos 3 mois et demi de voyage il y a trois ans, j’ai été très triste, vraiment, et là c’est encore pire parce que c’est Jeremy et que je l’aime trop.
Quand on passe autant de temps avec quelqu’un, surtout quand on passe beaucoup de temps à deux, c’est très dur d’être séparés et puis en deux ans et demi, ce sera notreplus grande séparation. Je sais que ça va être un très bon moyen pour nous de se manquer pour mieux se retrouver mais là, avec 7 heures à attendre, dans un aéroport (un terminal assez petit) qui ne me plaît pas, où je ne trouve rien à faire, c’est dur. Et puis voilà, je n’arrête pas de le dire, mais on a vraiment vécu 6 semaines magiques ensemble, on était déjà un couple très proche avant mais je pense que cette expérience nous aura encore plus rapprochés.
A 1h40 du matin, mon avion s’envole vers l’Asie où je vais retrouver ma mère, mon frère et Charlotte. Vivement que je les vois pour qu’ils me changent les idées…
Pour finir, une petite explication quant à la quasi absence de photos de nous pendant ce voyage. On voulait vraiment partager nos impressions et nos photos et pas spécialement nos trognes. On a souvent vu les gens se photographier devant ceci ou devant cela. Je prends très rarement des photos de moi comme ça, idem pour Jeremy, c’est pas trop notre truc. D’ailleurs, une petite pensée pour ce mec qui m’aura fait rire au Grand Canyon. Il a dit à un couple qui se prenait en photo, le canyon en image de fond, de prendre le canyon en photo et non pas eux devant le canyon et ensuite, dans sa barbe il a dit « les gens se prennent toujours eux en photo, alors que c’est pas eux qui sont intéressants”. Je suis assez d’accord, j’ai le sentiment que beaucoup de gens (sans doute que certains d’entre vous en font partie, sorry de dire ça, mais j’y peux rien… ) ont besoin de se prendre en photo devant les trucs comme pour dire “j’y étais”. Et au final quand on reste 15 minutes au même endroit, dans un endroit touristique, on voit la même photo être prise encore et encore et encore, avec simplement les visages qui changent.
Donc voilà, nous on a tendance à préférer prendre les paysages en photo et nous de temps en temps, mais devant rien, donc voilà, on nous aura pas beaucoup vus mais je vous assure, on y était ;)
Bizz à tous et merci de nous avoir suivis et d’avoir laissé des commentaires, ça nous a fait plaisir à chaque fois :) :)
















































































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