JulieMeunier.net

Qui vit voit, qui voyage voit davantage.

Novembre 2005

novembre25

Alors que je discute avec mon supérieur de mes impressions sur mes premiers cours donnés, la directrice de l’école demande à me voir. Ce n’est donc pas sans appréhension que j’entre dans son bureau. Je suis à des kilomètres de m’imaginer qu’elle va me tenir un tel discours. Ils ont besoin de moi pour traduire des documents en urgence. Ils ont embauché une jeune fille qui se prétendait bilingue pour remplacer temporairement leur traducteur officiel. Elle a attendu la dernière minute pour leur avouer qu’elle n’était en fait pas capable de remplir sa mission.
Il ne me reste que quelques jours pour traduire une dizaine de documents concernant la méthode Berlitz et son enseignement. C’est avec plaisir que je relève ce défi non seulement pour moi, mon expérience personnelle, que pour les heures de travail qui vont d’ajouter à ma feuille de paie. C’est donc à moi aujourd’hui, de tester en quelque sorte, la méthode free lance…

Je suis épuisée. Berlitz me confie beaucoup de cours – je ne me plains pas, au contraire – et mes traductions donnent à mes journées le rythme métro, boulot, métro, boulot, dodo.
C’est un peu par hasard que Mat, en discutant avec notre supérieur, découvre qu’en étant professeur, il peut assister à des cours d’anglais le matin pendant quatre heures et ce gratuitement. Autant dire que c’est une opportunité à saisir pour lui. Je pourrais également en profiter mais il s’agit de cours pour débutants et je crains de m’ennuyer. En plus, j’apprécie tout particulièrement mes cours du matin avec des employés du gouvernement qui s’apprêtent à passer un concours pour lequel le français est indispensable, je ne veux donc pas sacrifier ces heures précieuses avec eux.

Nos journées se suivent et se ressemblent. Tous les matins, je donne mes cours, Mat passe devant ma salle de classe pendant sa pause, souvent il fait l’idiot et je souris. Au fil des jours, mes élèves le connaissent de mieux en mieux, non seulement parce qu’ils le voient souvent avec moi dans l’école mais aussi parce qu’il est l’un de mes principaux outils de travail.

La méthode Berlitz consiste à peu prés à cela :
Professeur – « Si j’avais de l’argent, j’achèterais une maison et vous ? »
Elève – « Si j’avais de l’argent, j’irais à Paris »

Nous évitons ainsi une phrase du genre « Lorsque vous émettez une supposition, le « si » est suivi d’un verbe à l’imparfait et le verbe de la deuxième partie de la phrase est au conditionnel », phrase qui n’a pas trop de sens pour un élève débutant et qui n’a absolument aucun impact sur lui, même s’il apprend la règle par cœur. Bref, tout cela pour dire qu’il me faut trouver, à chaque cours, matière à préparer des phrases et des questions « intéressantes » pour faire acquérir à mes élèves certains automatismes. C’est ainsi que souvent, je prépare des phrases qui me concernent et Mat revient régulièrement sur le tapis…

La soirée PVTistes de ce soir est particulièrement marquante puisque nous rencontrons Ronnie, Sophie, Aurore, Alex, Mike et Akienn, petit groupe que l’on verra souvent et avec qui on partagera de très bons souvenirs, surtout Ronnie et Sophie en fin de PVT et Alex, avec qui je déjeunerai un ou deux midis par semaine pendant plusieurs mois.

Demain, Seb, Stef et Haby arrivent. Mat et moi sommes vraiment contents de les revoir. Il va les chercher à l’aéroport pendant que je travaille.

Ce soir, il neige… On va tous dans un restaurant pub où on a l’habitude d’aller avec Mat. Je crois qu’ils ne réalisent pas trop qu’ils y sont enfin. Ils se rendront compte de la situation dans les prochains jours, lorsque Mat leur montrera la ville.
Stef dort sur notre grand canapé beige et Seb et Haby dans notre canapé lit dans le salon. Notre appartement est sens dessus dessous, ce n’est pas évident de passer de deux à cinq sans tout chambouler, ça ne nous pose pas de problème, ça nous rappelle un peu nos vacances à Pyla !
Mat fait part à Stef de quelques difficultés qu’il a pour finir le projet de site Internet et en quelques jours ils parviendront plus ou moins à trouver une solution, suite à quoi Mat rendra son tablier.

On continue à travailler pendant que Seb Stef et Haby cherchent un appartement, il est temps pour nous d’expérimenter la difficulté de vivre avec les autres, d’autant plus avec des amis. Forcément, s’il y a bien des gens avec qui on ne veut pas se disputer, c’est eux… Ils resteront plus de deux semaines chez nous, visiteront pas mal d’appartements avant de trouver le bon. Mat et moi vivons de plus en plus difficilement leur présence chez nous, parce que c’est le bazar, parce qu’à force, on ne se sent plus vraiment chez nous, parce que nous aimerions nous retrouver un peu. Quelques tensions font surface au 207 Montrose Avenue, entre nous et les autres et entre Mat et moi…

A leur présence, s’ajoutent la fatigue du travail, la pression que subit Mat avec son projet de site – qu’il souhaite interrompre prématurément, malgré les nombreuses relances de son employeur – et, ce n’est pas négligeable, le manque certain d’argent. En effet, en cette fin de mois de novembre, nous avons en tout et pour tout 70$ sur notre compte en banque. Nous attendons de l’argent de Berlitz vers le 7 décembre, mais entre temps, il nous faut payer le loyer, les cartes de transport… Et après ?

Après il nous reste quoi de notre paie ? Nous allons devoir faire attention, même si nous ne prévoyons pas de changer nos projets faits avec ma famille qui arrive très bientôt : aller aux chutes du Niagara et aller à New York ! :)

Comme Laurent l’a conseillé à Mat, nous avons envoyé à la société pour laquelle Mat a travaillé (pour la création du site Internet) une facture de plusieurs centaines de dollars correspondant aux heures passées à travailler depuis la maison. Nous ne nous faisons pas d’illusion, peut-être qu’il ne sera jamais payé, mais qui ne tente rien… ne tente rien, n’est-ce pas Mat ?

Seb, Stef et Haby font leur pendaison de crémaillère ce soir. Leur appartement est très sympa, pas très cher et nous nous retrouvons là avec quelques pvtistes. Je suis contente de voir Haby avoir son premier vrai appart (oui parce que son 10m² dans la cité universitaire d’Antony…).
On retrouve notre appartement avec Mat mais on sait que d’ici deux semaines, ma maman, mon frère et sa chérie vont venir et qu’une fois partis, ils seront remplacés par Tom, le meilleur ami de Mat. Je sens que ce mois de décembre va nous faire du bien car c’est là qu’auront lieu nos premiers voyages ! Au programme, en plus de NYC et des chutes du Niagara, le Parc Algonquin et sans doute un deuxième séjour à NYC pour le Nouvel An, avec les copains cette fois !

Je suis un peu tracassée, malgré tous ces projets sympas, car au moment de Noël, les élèves se font très rares chez Berlitz donc nous n’allons pas beaucoup travailler. En plus de ça, détail bien plus futile, je ne parle pas anglais. Je ne dois parler à mes élèves qu’en français (même si entre deux cours, on parle anglais), les copains sont essentiellement Français et puis on a beau dire, mais vivre avec son chéri – Français – ça n’aide pas à parler anglais. On s’imaginait avant de partir de France, que peut-être de temps en temps on pourrait parler anglais tous les deux, mais même si des fois on a des élans de motivation, le français revient au galop, c’est tellement plus facile…

Sur PVTistes.net, je lis qu’il existe un site Internet, « shared talk », site de chat pour les gens qui veulent pratiquer une langue. Il faut se trouver un pseudo, spécifier quelles langues on parle et spécifier celles que l’on veut pratiquer, c’est ainsi que de temps en temps je parle anglais sur Internet mais bon ce n’est pas vraiment comme ça que je voyais mon année à Toronto… Il va falloir chercher un autre job ! J’aimerais bien bosser chez Starbucks, j’adore l’ambiance qui y règne mais je sais que la paie est assez médiocre.

Octobre 2005

octobre25

En ce début de mois d’octobre, la recherche de travail est notre priorité ! Nous ne pensons pas trop aux voyages, nous comprenons que l’argent part à toute vitesse et nous n’envisageons pas la possibilité de rentrer en France prématurément, faute d’argent. Grâce au tuyau de Mary, Mat et moi décrochons un job au salon du livre, un job alimentaire dans toute sa splendeur puisqu’il consiste à installer des stands de livres le mercredi et à les défaire le dimanche soir, tout cela pour 10$ brut de l’heure. Ce n’est pas énorme mais ce sera notre première rentrée d’argent et elle sera la bienvenue !

Ce soir, en rentrant à la maison, nous avons deux nouveaux messages sur le répondeur, l’un pour moi, l’autre pour Mat, les deux pour nous proposer des jobs. Commençons par moi, même si cela n’aboutira à rien de concret. Il s’agit d’un recruteur de la RBC (notre banque canadienne) qui me contacte suite à l’envoi de ma candidature spontanée sur leur site Internet. Il recherche une personne bilingue pour faire du service à la clientèle et veut voir dans quelle mesure je sais parler anglais. L’entretien téléphonique dure près de 15 minutes et à deux reprises je lui demande de répéter, je m’en excuse mais il me rassure en me disant que n’est pas un problème.

Comme vous pouvez vous l’imaginer, j’espère vraiment le convaincre de m’embaucher mais à la fin de l’entretien, mon incompréhension à certains moments de la conversation ne lui permet pas de me confier le job. Je comprends tout à fait sa décision mais je réalise avec cet entretien que les recruteurs canadiens ont une fâcheuse tendance à faire comme si tout allait bien, comme si le job était fait pour vous, comme si vous aviez tous les critères nécessaires, pour finalement vous annoncer que ce n’est pas le cas. Je relève ce détail car en parallèle, je parcours une à une les « placement agencies » de Toronto et je peux vous dire qu’elles ont le don de vous donner de grands espoirs qui sonnent très souvent creux. Récemment, j’ai même une recruteuse qui a tapé du poing sur la table en disant que c’était parfait, que le job était à moi, que ce n’était qu’une question d’heures, qu’elle s’en occupait et qu’elle me rappellerait dans l’après-midi. Aucun appel d’elle, ni l’après-midi même ni le lendemain. Je me permets de l’appeler, je tombe sur le répondeur, laisse un message qui ne donnera évidemment pas suite à un appel de sa part, tout ça pour m’entendre dire quelques jours après – principalement basés sur le harcèlement de la recruteuse – que ça n’avait pas abouti. Ce cas n’est pas rare, il faut vraiment en avoir conscience en arrivant ici.

Qu’en est-il du message destiné à Mat ? Nous avons du mal à saisir le nom de la société, le nom du contact mais nous parvenons à noter son numéro de téléphone et surtout le poste proposé : « web developer »…
Est-ce que nous sommes en train de rêver ? C’est LE job que Mat rêvait d’avoir sans même vraiment croire que c’était possible, oui mais… il va falloir l’appeler ce monsieur, lui expliquer ses compétences, ses disponibilités, ses exigences, tout ça en anglais et de toute évidence quand je le regarde en cet instant précis, il ne s’en sent pas capable et est plus effrayé qu’autre chose. Son anglais a beau s’être amélioré, l’épreuve du téléphone reste redoutable, impossible de lire sur les lèvres, de voir les expressions de visage de son interlocuteur, ni même de se sentir rassuré par un sourire…
Rien ne presse, on va se préparer. Je commence à savoir quelles sont les questions posées par les employeurs, donc on écrit ensemble les réponses qu’il devra sans doute donner.

Une fois prêt, Mat prend le téléphone et compose le numéro… Répondeur… Il raccroche brutalement car il n’est pas préparé à laisser un message et ne veut pas dire de bêtises. Je vois qu’il est soulagé et qu’il me regarde d’un air « Tu as vu, j’ai téléphoné, j’ai fait ce qu’il y avait à faire mais il répond pas, tant pis », teu teu teu, on ne va pas s’arrêter là ! C’est reparti pour la préparation d’un petit speech, qui pourra être lu cette fois – c’est plus facile. « Allo ? », bon eh bien on y est cette fois, il faut assurer. Nous avions remarqué sur le message laissé par l’employeur qu’il parlait très vite et n’articulait pas, ça se confirme. Nous ne remercierons jamais assez notre téléphone Walmart à 3$ qui fait que l’on entend tout ce que dit l’interlocuteur à l’autre bout du fil, sans avoir le téléphone à l’oreille. C’est ainsi que j’écoute les questions de l’employeut, que je fais « oui » ou « non » de la tête pour que Mat sache quoi répondre, que je fais « trois » avec mes doigts pour fixer un rendez-vous demain à 3h et que je note l’adresse dudit rendez-vous. Mat raccroche, c’est fait, l’entretien téléphonique s’est bien passé et demain il devra faire ses preuves !

Cette scène peut sembler un peu ridicule ou dramatisée mais en toute sincérité, à cet instant, nous sommes les deux personnes les plus stressées de Toronto car l’enjeu est important, il s’agit là de trouver un travail, de trouver une occupation à ses journées, de gagner de l’argent et donc d’assurer notre séjour ici. Et puis, il faut bien le dire, l’anglais reste un challenge quotidien pour nous, même si mon niveau est correct (Nous cherchions un aspirateur l’autre jour et nous ne savions pas où en trouver un, nous sommes allés au point d’information du Eaton Centre. Oups, comment on dit aspirateur en anglais ? Je l’ai su, grrr ! « Excuse me, we’re looking for a vvvvvvvv, to remove dust » (ma main mise à plat, je me retrouve à imiter le son d’un aspirateur), la dame esquisse un léger sourire et nous renseigne. J’ai conscience d’être un peu ridicule mais je considère que ça fait partie de l’expérience, à vrai dire ça me fait rire…

Un peu comme quand je repense au jour où une recruteuse m’a appelée pour me faire passer un entretien téléphonique et m’a posé des dizaines de questions. Il arrive qu’on ne saisisse pas bien le sens d’une question mais qu’un mot dans la phrase éclaire sur le sujet mais au moment où sa question ressemblait plus à un « alada difesi dularthation ? » qu’à de l’anglais connu de mes oreilles, j’ai tenté un « yes » timide. Paf la Lilou ! En plein dans le mille ! La dame me demande « Yes what ? » car sa question était une question ouverte qui n’amenait en aucun cas à une réponse positive ou négative. Voilà quelques anecdotes qui font qu’on se cache les yeux par moments en se disant que le bilinguisme est encore far far away…
Le lendemain, nous allons au rendez-vous de Mat et nous nous retrouvons devant un tout petit immeuble à deux étages, on se dit qu’on a dû se tromper, puisqu’aucun nom de société n’est affiché et on n’ose pas sonner. Je sens que même si Mat veut ce job, la peur prend le pas sur le reste et qu’il aimerait partir. Je me dis qu’il faut bien se jeter à l’eau, je m’approche de l’interphone et je sonne !

Je l’attends dans la salle d’attente d’une minuscule société à deux bureaux à peine et Mat se retrouve confronté au patron, au designer, un jeune dans nos âges et à deux geeks avec qui travaille le patron et qui sont là pour voir si Mat s’y connaît vraiment, car la seule expérience de Mat en matière de programmation, c’est bel et bien www.PVTistes.net.

De là où je suis, je peux tout entendre… Mat répond aux questions, il a l’air de pas mal comprendre mais fait des fautes d’anglais. Il butte sur une question qu’il ne comprend pas, leur demande de répéter, une fois, deux fois et finit par dire « One minute please ». Il vient dans la salle d’attente et me dit « Tu peux venir s’il te plaît, je ne comprends rien ». Je leur demande s’ils voient un inconvénient à ce que je m’assoie avec eux pour aider Mat à dire ce qu’il a à dire. Je joue à l’interprète pendant près d’une demi-heure, par moments je me sens utile mais au moment de parler de www.PVTistes.net, de son projet, de la façon dont il a procédé etc. Mat se débrouille comme un petit chef. C’est sans doute ce qui les pousse à lui demander à la fin de l’entretien s’il se sent capable de travailler pour eux, en anglais. Il répond que oui et que dans tous les cas, je serai là pour l’assister en anglais.

Il dit même qu’il prévoit de prendre des cours d’anglais. Il a le job ! Avec plus de précisions, il apprend qu’il a le choix entre travailler à la maison ou travailler dans l’entreprise aux côtés du designer car il s’agit d’un job en freelance, ce qui signifie qu’il sera payé à l’heure une fois un projet terminé. Pendant les jours qui suivent, je vis avec un Mat très motivé et déterminé, qui apprécie beaucoup sa nouvelle mission. Il éprouve cependant quelques difficultés à réaliser certains aspects du projet car pour certaines manipulations, il s’agit de grandes premières ! Je vois qu’il est content d’avoir trouvé ce job parce qu’il est intéressant et qu’il va lui permettre d’étoffer un peu son CV. Il apprécie assez le fait de travailler en freelance car – puisqu’il a choisi de travailler à la maison – cela lui permet de ne pas vivre au quotidien dans la peur de parler anglais.

En ce lundi qui suit le salon du livre, je me trouve dans la même situation qu’avant : sans travail et sans moral. Je tourne en rond, en espérant être rappelée, mes démarches en porte à porte ne sont pas particulièrement concluantes, je perds un peu espoir. Je ne m’imaginais pas arriver comme une reine, en terrain conquis mais il est vrai que ma formation (LEA anglais espagnol) m’avait laissé penser que je trouverais plus vite que ça…
J’aimerais vraiment être professeur de français mais les écoles dans lesquelles j’ai postulé ne recrutent pas pour le moment. Je me décide tout de même à rappeler Berlitz, à qui j’avais envoyé mon CV par email et qui est l’école dans laquelle j’aimerais vraiment travailler. Leur méthode me plaît bien et l’idée d’enseigner à des adultes me tente assez ! Au téléphone, la secrétaire m’annonce que l’adresse email à laquelle j’ai écrite – pourtant disponible sur leur site Internet – n’est plus consultée et qu’il me faut renvoyer mon CV à sa supérieure. En à peine 15 minutes, tout allait changer ! J’envoyais mon CV, la directrice de l’école m’appelait, absolument ravie puisqu’à la recherche d’un professeur de français et un rendez-vous était pris pour le lendemain !
Mat apprécie de moins en moins le système du freelance. Le principe même de travailler à la maison n’est pas stimulant pour lui et les seuls contacts avec son employeur sont relatifs au travail ou au salaire. Aucune chaleur humaine, aucune complicité, constat sans doute amplifié par la barrière de la langue. Mat a certes fait des progrès, il n’est pas encore à l’aise et l’idée d’une conversation en anglais l’angoisse, même si souvent il ne le dit pas… Je le connais quand même…

Au moment de partir pour mon rendez-vous, Mat m’annonce qu’il souhaite arrêter là le projet de site Internet qui lui a été confié. J’ai peu de temps mais j’essaie de lui expliquer qu’il ne doit pas faire ça, 1. Parce qu’il s’est engagé à le faire, 2. Parce que s’il renonce, il ne pourra pas mettre cette expérience en avant sur son CV – il s’en fiche – et 3. Parce que nous ne sommes pas en mesure aujourd’hui de nous permettre ce luxe d’être tous les deux sans travail… Il décide de s’y remettre mais je sens que c’est difficile pour lui, il a des soucis à fournir le travail demandé, il est enfermé toute la journée dans notre basement si peu lumineux et moi, même si je suis physiquement présente, je ne suis pas là, je cherche un travail sur Internet, je fais les cent pas, sans trop savoir quoi faire, bref, j’ai le sentiment que malgré notre amour aujourd’hui, on se bat chacun de notre côté, sans pouvoir aider l’autre à surmonter ses problèmes, ses crises d’angoisses, ses baisses de moral…

Mon entretien à Berlitz se passe bien, je réponds aux diverses questions qui me sont posées, je dis que je suis française, que qui mieux qu’une française peut enseigner le français. Je réponds que mon anglais n’est pas parfait, mais qu’au vu de la méthode Berlitz, ceci ne devrait pas être un inconvénient puisque la seule langue parlée avec les élèves sera le français. C’est bon, cette fois j’ai un job, le job que je voulais !
Je me permets de demander si l’école est à la recherche d’autres professeurs de français – oui, un – Je pense évidemment à Mat, la maîtrise de l’anglais n’étant pas importante. Je me dis également qu’il aimerait sans doute ce job qui nécessite de la patience, de la pédagogie, du don de soi, bref, des qualités qu’il est toujours bon d’approfondir, tant pour lui que pour moi…
Je sors du building, un immense sourire aux lèvres, j’ai l’impression de voir en quelque sorte le bout du tunnel… Je me précipite dans le métro, tellement pressée de lui annoncer les deux bonnes nouvelles !

Il enverra son CV à ma supérieure et passera lui aussi un entretien avec succès ! Nous commencerons notre formation lundi prochain. Depuis plus d’un mois, les tests Word, Excel, Power Point, la vitesse de frappe, les tests d’anglais, de français, n’ont plus aucun secret pour moi puisque j’en ai passés dans toutes les agences d’interim où je me suis inscrite, qui sont au nombre de…1, 2, 3… 6, voire plus !
C’est aujourd’hui Quantum qui m’appelle pour me proposer une mission d’une semaine dans une grande société. Il s’agit d’un job de helpdesk à 14$/heure et j’aimerais bien faire cette semaine de travail avant de commencer ma formation chez Berlitz, ça ferait non seulement une référence de plus sur mon CV et bien sûr de l’argent. Je contacte la personne en charge de ma formation chez Berlitz. Je joue franc jeu en lui expliquant que financièrement, cette semaine est vraiment indispensable, il se montre très compréhensif. Mat va donc commencer sa formation seul et me racontera au fur et à mesure ce qu’il apprend.

Je parle beaucoup de travail, mais il y a des gens très importants pour nous ici, ceux avec qui on passe nos soirées et qui nous aident à ne pas trop penser aux soucis. Nous voyons toujours autant Laetitia et Laurent, un peu moins Mary qui vit assez loin du centre mais nous passons pas mal de temps au téléphone toutes les deux.

La soirée pvtiste d’aujourd’hui est plus conséquente que les précédentes, plusieurs nouveaux étant arrivés. Zitoun est là et nous faisons plus ample connaissance avec lui. Nous faisons d’autres rencontres très sympathiques même si la table longue ne nous permet pas de parler avec toutes les personnes présentes. Tout le monde est d’accord pour le dire, ça fait du bien de parler avec des Français qui comprennent parfaitement ce dont on parle, eh oui, tous dans le même bateau !
Pendant mon temps libre, en plus de regarder des séries sympas avec Mat, de jouer au tetris avec Mat, Seb, Stef, toujours en France et puis avec mon frère aussi, je m’occupe d’élaborer un peu la FAQ. Maintenant que je suis sur place, je suis plus apte à donner des conseils et des bons plans. Ma semaine en intérim passe à une vitesse folle et je parviens à accumuler 47 heures, ça va permettre de renflouer un peu les caisses.

Nous avons régulièrement des nouvelles de Seb, Stef et Haby (que nous appelleront désormais SSH), ils ont hâte d’être là et nous aussi nous avons hâte de les revoir et de reformer un bout de la « Team Benetton » française.
Mat commence à donner des cours de français. Il me dit que ce n’est pas évident, pour le coup c’est une expérience vraiment nouvelle pour lui. Un peu moins pour moi parce que j’ai déjà donné des cours particuliers à des collégiens en France mais il ne s’agissait quand même pas du même genre de travail et c’était moins officiel, plus décontracté.

A mon tour de commencer et ce premier cours restera à jamais marqué dans ma mémoire par son aspect bizarre et peu confortable. Il arrive que l’on aille dans des sociétés donner des cours et c’est le cas aujourd’hui. Je dois donner un cours d’une heure et demi à deux employés. J’arrive et je ne trouve qu’un seul d’entre eux, l’autre est malade chez lui mais souhaite tout de même participer au cours, par téléconférence. Hey, hey, hey, c’est mon premier cours là ! Ayez pitié ! Le cours se passe finalement assez bien, même si celui qui est au téléphone suit moins bien que l’autre car il ne peut pas voir ce que j’écris au tableau et doit comprendre tout ce que je dis au téléphone, ce qui est – je suis bien placée pour le savoir – assez difficile, surtout pour un débutant comme lui.

Les cours s’enchaînent, j’ai des élèves particuliers réguliers et je m’occupe de quelques groupes. J’ai tendance à préférer les élèves particuliers car je peux me focaliser sur eux, rien que sur eux et au fil des jours, j’apprends à connaître leurs points forts et leurs points faibles, ce qui me permet de cibler mes cours sur tel ou tel aspect.

Une question que l’on se pose aussi lorsqu’on s’apprête à partir un an loin de sa famille et de ses amis est de savoir s’ils nous manqueront. On pense beaucoup à eux et grâce à Internet, msn, skype, la freebox française (avec laquelle les appels vers le Canada (sur fixes et portables) sont gratuits) et autres moyens de communication, nous parvenons à rester en contact avec eux régulièrement. Les six heures de décalage horaire sont facilement gérables (même s’il arrive de temps à autre qu’on reçoive un appel assez matinal et qu’on entende « Oups, c’est 6h en moins, pas en plus, ohhhh je suis désolée ! »). Les parents et les amis sont donc plus ou moins présents et je dois bien l’avouer, par moments on ne ressent pas un gros manque. Pourquoi ? Parce qu’on est, pour la plupart d’entre nous, en train de vivre la plus grande expérience de nos vies, que l’on voyage, que l’on découvre une nouvelle ville, une nouvelle langue, que l’on rencontre des nouvelles personnes, que l’on vit de ses propres ailes, avec tous les aspects positifs et négatifs que cela inclut bien évidemment. Cela dit, dans mes moments où le moral est à 0, c’est à eux qu’on pense, à la façon dont ils arriveraient mieux que personne à nous dire les mots justes, à nous remonter le moral, à nous botter le derrière…

Ce que je pourrais ajouter sur ce mois d’octobre 2005, c’est sans doute que notre anglais s’améliore sensiblement grâce aux contacts professionnels que nous avons, grâce aux petits défis que l’on se lance, comme par exemple appeler une personne qui a un appartement à louer en prétendant être intéressés, juste pour pratiquer notre anglais au téléphone. Petite anecdote assez marrante avec ce jeu que nous ne pratiquerons plus par la suite :

Mat – « Bonjour, je vous appelle au sujet de l’appartement que vous louez. Est-ce qu’il est toujours disponible ? »
Loueuse – « Oui ! »
Mat – « Je voulais savoir combien de chambres il y avait »
Loueuse – « Il y en a une »
Mat – « Ah c’est dommage, on en voulait deux »
Loueuse – « Ah mais ce n’est pas grave, j’ai un autre appartement à louer, c’est un « two bedrooms »
Mat – « Non, mais en fait on est pas encore décidés »
Loueuse – « Les charges sont incluses, il y a un balcon… »

La petite dame ne nous a pas lâché la jambe pendant dix bonnes minutes et on a eu un gros fou rire quand Mat est parvenu à raccrocher…

Et c’est parti

septembre25

Je fais la liste de ce qu’il ne faut pas oublier. En tête de liste, se trouvent « mon passeport, ma lettre d’acceptation au PVT, mon assurance et la copie de l’attestation de fonds de ma banque » suivis de toutes les choses que je souhaite emporter avec moi. Le départ est dans trois jours, tout le monde trouve que ça fait bizarre et me demande si je suis contente.

A vrai dire, je ne réalise pas vraiment que je vais bientôt quitter ma ville pour vivre toute une année dans un autre pays, avec des gens différents, sans repère, sans famille, sans amis, dans un premier temps du moins. J’ai conscience cela dit que partir à deux est une force, d’autant plus que Mat et moi sommes très soudés.
Les au revoir sont faits, la valise est bouclée, je pense ne rien avoir oublié. J’entame donc ma dernière nuit à Paris…

Direction l’aéroport avec mon père et ma mère, où nous avons rendez-vous avec Mat et ses parents. Une heure et quelque d’attente plus tard, Mat et moi tendons nos billets d’avion et nous éloignons de nos géniteurs, qui, de toute évidence, comprennent beaucoup plus que nous la réalité de la situation – nous partons.

Enfants, c’est le mot que j’utiliserais pour nous décrire à ce moment précis Mat et moi. Nous entrons dans l’avion comme pour partir en vacances, avec une bonne dose d’inconscience et de détachement face à l’aventure qui nous attend. Si nous avions su tout ce qui nous attendait, dans nos vies, nos carrières, notre couple, nous aurions sans doute adopté une attitude moins détendue, mais c’est, je pense, l’un des aspects les plus charmants de cette aventure, ne pas savoir ce que l’avenir nous réserve…

Dans l’avion, nos oreilles sont déjà mises à l’épreuve… Nous voyageons avec la compagnie aérienne US Airways, tout est donc en anglais, une hôtesse tente de baragouiner quelque chose en français mais son accent est trop fort pour que nous la comprenions… On va donc donner cette impression nous aussi ? Est-ce que les gens vont être tolérants avec nous ? Est-ce que nous allons trouver un travail ? Est-ce que tout va peut-être s’arrêter plus tôt de prévu. J’avoue que depuis le mois de mars, pas un seul instant, j’ai imaginé que nous rentrerions en cours de route, je vivrais ça comme un échec en toute franchise…

Bon, il faut trouver de quoi s’occuper… Nous règlons nos télévisions sur le même film : Hitch, en VO sous-titrée…
Le vol passe relativement vite et nous arrivons à Philadelphie où nous avons 2h30 d’escale.

Nous avons pour la première fois l’occasion de juger par nous-mêmes l’accueil des Américains. Le personnel de la douane américaine est stressé, parle très vite, même s’il est clair que notre anglais est approximatif. On n’est là que pour deux heures et demie et c’est tant mieux, on a entendu dire que les Canadiens étaient bien plus chaleureux…

L’avion se pose, il nous faut obtenir notre visa.
Cela ne prend pas beaucoup de temps, un petit quart d’heure tout au plus, une fois les douanes passées. On ne nous demande ni la preuve de notre assurance, ni l’attestation de fonds…
Je réalise aujourd’hui que j’avais peur de ne pas obtenir mon PVT au moment du dépôt du dossier, qu’en arrivant au Canada, je vérifiais tous mes papiers quinze fois, « attestation de la banque », « assurance » et finalement tout ce qui tourne autour du PVT est assez relax, je ne dis pas qu’il faut partir sans ses attestations, c’est un risque qui n’en vaut pas la peine mais bien du stress aurait pu m’être épargné !

Nous récupérons nos bagages, nous sortons de l’aéroport, nous sommes au Canadaaaaaa ! Nous cherchons un taxi… Un homme nous alpague – on ressemble tant que ça à des petits Français perdus ? – pas l’ombre d’un doute – nous allons dans la direction qu’il nous indique, sans trop savoir pourquoi il reste en arrière, puis nous arrivons à sa voiture, qui ne ressemble en rien à un taxi… Ok, il fait ça pour arrondir ses fins de mois.

Je lui demande combien cela va nous coûter pour aller dans le centre de Toronto, à Bellevue Avenue plus précisément. Il me répond 40$, je crois me souvenir que Laet, sur PVTistes.net, m’avait parlé de 35$… Il accepte… c’est parti ! Il ne parle pas mieux anglais que nous, ce n’est pas évident pour communiquer… A vrai dire, nous sommes assez silencieux. Nous regardons par la fenêtre, il fait nuit, je suis un peu émue, nous y sommes vraiment cette fois, je regarde les buildings à l’horizon, c’est le début de l’aventure, j’espère que tout se passera bien… Je regarde Mat, il prend quelques photos de la ville de nuit, il a l’air content d’être là, je souris et je me dis que ça va aller…

Une fois sortis de l’autoroute, nous passons par China Town, puis sur une certaine rue College – qui, un plus tard, sera la rue de Toronto que j’aurais le plus empruntée – et nous voilà devant notre premier chez-nous canadien ! Maintenant, c’est à nous de jouer !

Knock, knock… L’un des gérants ouvre la porte et nous fait faire le tour du propriétaire. L’auberge est très propre, très cosy (un appartement de ce style nous plairait bien…) et chaleureuse par sa petitesse. Je pense que nous sommes une vingtaine à peine. Il y a une grande télé, que l’on peut regarder dans un canapé en L très confortable. Il y a deux ordinateurs connectés à Internet et la possibilité d’avoir la wifi, assis sur un autre canapé, pas désagréable non plus ! La cuisine est liée au reste du salon, on a l’impression d’être dans une maison avec des amis…
Pendant que quelqu’un se fait des pâtes, nous sommes sur Internet et un autre regarde les Simpsons – nous sommes d’ailleurs les seuls à ne pas rire, ça va venir…

Nous montons nos valises dans la chambre que nous partageons avec deux autres personnes. Une petite douche, un petit tour sur Skype pour appeler nos familles et nous sommes de nouveau en forme !

Nous avons faim :

- « Excusez-moi, est-ce que vous savez où on peut aller manger quelque chose rapidement ? »

- « Allez sur College Street ! »

- « Merci… C’est où College Street ? »

Nous marchons une minute à peine et nous arrivons au croisement de Bellevue et de College. Ici, on parle beaucoup en « intersection » parce que les rues sont très longues d’Est en Ouest et du Nord au Sud. Vous ne pouvez pas dire « je vis sur Yonge Street » (c’est la rue principale de Toronto et aussi la plus longue du monde : 1886 km)
Nous regardons autour de nous, les immeubles sont bas, assez gris, ils manquent un peu de charme, pas besoin de parler, nous sommes déçus, nous nous imaginions une ville avec plus de cachet…

Le lendemain pourrait s’appeler la journée administrative. Nous allons demander notre numéro d’assuré social, le NAS, appelé ici le SIN (Social Insurance Number). Il suffit de remplir un formulaire disposé au mur, d’attendre dans la file et de le donner à l’employé. On va ensuite s’asseoir et attendre que nos noms soient appelés, on reste vigilants car qui sait ce que peuvent donner « Lam » ou « Meunier » en anglais…
Il y a beaucoup de monde, nous attendons depuis un petit moment déjà quand arrive notre tour. Nous obtenons un petit papier prouvant que nous avons bien fait notre demande. Nous devrions recevoir nos SIN dans un délai de trois semaines.

Il nous faut maintenant ouvrir un compte en banque. Nous allons dans la première banque que nous voyons, il s’agit de la Scotia Bank et voilà ce à quoi nous avons droit :

- « Pour ouvrir un compte en banque, il vous faut une adresse. Depuis quand êtes-vous arrivés à Toronto ? »

- « Hier »

- « Mais vous avez le temps, trouvez-vous un appartement et revenez me voir, voici ma carte ! »

Nous avons bien conscience que se lancer à la recherche d’un appartement sans compte en banque canadien est une perte de temps. Nous voulons aussi mettre notre argent liquide en sécurité et procéder au plus vite au transfert de notre argent resté en France. En dix minutes à peine, la RBC nous ouvre un compte, nous fournit trois chèques et nous promet de nous envoyer au plus vite notre carte de débit. Nous ne pouvons pas encore prétendre à avoir une carte de crédit, nous ne comptions pas dessus de toute façon.
Avec notre carte, nous pourrons retirer de l’argent et payer dans les magasins, c’est amplement suffisant pour le moment.
Je demande également les informations nécessaires au transfert de notre argent, les codes SWIFT et IBAN, ainsi que notre numéro de compte et l’adresse de l’agence dans laquelle nous sommes.

Cette recherche de banque nous a donné l’occasion de parcourir une grande partie du centre ville à pied puisque nous sommes passés devant la mairie, sur Bay Street, sur Queen et King Street, qui sont les rues principales.
Nous tournons à droite, au hasard, en se disant qu’on finira bien par retomber sur une rue connue… Erreur… Mat et Lilou, plus perdus que Stitch, sont secourus par un Canadien qui les observe se battre avec leur carte. « Nous cherchons College Street, c’est par là, très bien, merci ! » On nous avait dit qu’ils étaient gentils mais ça fait plaisir de le vivre soi-même…

Nous remontons une petite rue, je regarde Mat, je me dis que tout nous est inconnu, qu’on se sent un peu perdus, c’est notre premier voyage, nous sommes émerveillés d’être là, d’entendre parler anglais, de voir tant de lieux inconnus mais je sais que bientôt, nous connaîtrons tout ça par cœur, il faut donc profiter de ce charme des premiers jours où rien ne renvoie à un coin de notre mémoire…

En remontant cette petite rue, nous regardons s’il y a des annonces pour des appartements disponibles. Nous devinons, aux traits des passants, que nous venons d’arriver dans China Town.
Malgré cette jolie balade, Mat et moi ne nous voyons pas rester ici plus d’une année, c’est pas mal mais ce n’est pas non plus extraordinaire… Avant notre départ, nous avons envisagé de rester si les choses se passaient bien pour nous, mais la ville ne nous donne pas envie de pousser l’aventure plus loin que le PVT.

En repensant à ce genre d’épisodes, je réalise à quel point on peut être sûr des choses parfois alors qu’en réalité on ne sait rien. Dans notre cas, une journée dans une nouvelle ville que nous n’avons pas encore appréhendée, dans laquelle nous n’avons encore ni vie sociale ni vie professionnelle, nous suffit à faire le bilan suivant : dans un an, nous rentrons en France !
Je crois que c’est en cela notamment que cette année canadienne représentera ce qu’on appelle de l’expérience…

Le soir, Laet et Laurent, pvtistes à Toronto depuis quatre mois nous rendent visite à notre auberge. Ca fait plaisir de connaître enfin Laet, que nous « connaissons » via Internet et Laurent, son copain, qui a l’air super sympa. On a le sentiment de ne pas être seuls, ça fait du bien…
Dés le lendemain, nous commençons à passer des coups de fil pour des appartements. La mission n’est pas si évidente que cela, d’une part parce qu’il faut pouvoir s’exprimer en anglais et comprendre son interlocuteur et d’autre part parce qu’à Toronto, les interlocuteurs ont souvent un niveau d’anglais aussi limité que le vôtre.

Qui a dit que le meilleur endroit pour apprendre une langue est le pays dans lequel elle est parlée ? Il/elle a raison, rien qu’en cherchant un appartement, nous apprenons pas mal de vocabulaire qui nous sera toujours utile, contrairement à ce que nous apprenons parfois en cours, en France. One, two bedrooms, utilities included, furnished, backyard, laundry, stove, oven etc., des mots assez simples en soi mais que l’on n’acquiert pas forcément lorsqu’on les apprend dans des listes interminables de vocabulaire…

Aujourd’hui, nous avons un rendez-vous pour un appartement, ou plutôt un basement devrais-je dire puisque l’appartement se trouve en sous-sol. Beaucoup de gens vivent dans ces appartements, assez sombres en général mais il y a quand même des fenêtres, je vous rassure !
Les loyers y sont un peu moins élevés et puis ce n’est pas si mal que ça. L’appartement nous plaît mais à vrai dire, je crois que l’on prendrait un peu n’importe lequel, nous voulons juste un appartement !

Juste après nous, un homme seul visite l’appartement (une personne consomme moins que deux… c’est perdu d’avance…), en effet nous recevons un e-mail qui nous mine un peu le moral – c’est dans ces moments-là que je réalise que nous étions plein d’illusions… comme si nous allions avoir le premier appartement visité, comme si nous allions obtenir le premier emploi désiré, comme si le premier passant allait devenir notre ami…

Le propriétaire de Laet et Laurent a un basement libre, nous nous jetons sur l’occasion : 900$ charges comprises pour un appartement d’environ 60m², ça nous va très bien, même s’il est sombre, bas de plafond dans le salon et assez humide. Il y a donc des bêtes auxquelles je vais, de toute évidence, devoir m’habituer. Nous sommes pressés d’avoir notre chez nous, nous le prenons donc immédiatement. Il nous faut dire que mon père nous aide financièrement car nous n’avons pas de travail. Premier appartement, première expérience à deux, ce basement, loin d’être comparable au Hilton, aura été un bon compagnon de route malgré ses défauts typiquement basementiens…

Nous faisons un tour chez Ikea, car l’appartement est vide. Nous n’avons pas encore reçu l’argent de France, donc nous sommes assez limités, c’est pourquoi nous n’achetons qu’un lit et un canapé. Plus tard, nous achèterons une table, des chaises etc. Avec le recul, tout ceci nous a coûté pas mal d’argent mais il faut savoir que les appartements meublés ne sont pas nombreux à Toronto et sont souvent mal meublés ou sales.

Ceci dit, il est possible d’acheter des meubles à plus bas prix notamment sur LE site qui répond à toutes vos attentes : http://craigslist.org. Que vous cherchiez des meubles, un appartement, une voiture, un job, un petit ami, quelqu’un avec qui faire des échanges anglais/français, vous pouvez vous rendre sur ce site !
Les ventes de grenier sont aussi un bon moyen de trouver des choses pas trop cher, c’est ainsi que nous avons acheté notre télévision, 40$ et le monsieur nous a raccompagnés en voiture car elle était trop lourde pour nous. Cela nous paraît très gentil, tout comme le fait qu’après avoir demandé à notre propriétaire où se trouvait le Ikea, celui-ci ait demandé à son fils de nous y accompagner en voiture, comme ça, sans arrière pensée, juste par gentillesse…

Enfin, avec Laet, Laurent et leurs voisins pvtistes, nous allons nous balader le jeudi soir dans notre quartier de Ltittle Italy car c’est la veille du jour où passent les encombrants et où les gens jettent tous leurs gros meubles. Nous trouvons un petit canapé bleu, pas super en forme mais qui fera très bien l’affaire et qui remplira notre grand salon qui résonne.

Quelques jours plus tard, Laet voit dans la rue un grand canapé, elle nous appelle pour nous le dire, on court le voir, il est bien, mais très lourd, on appelle Laet et Laurent qui viennent nous aider à le porter, c’est vraiment difficile mais ça nous fait un total de trois canapés, ce qui nous permettra d’accueillir du monde pendant cette année !

Nous faisons également la connaissance de Mary, également pvtiste sur le forum, elle est venue seule ici et a l’air de bien se débrouiller pour le moment. Elle a déjà un appartement et, à force de déposer des CV, a décroché un job de caissière au salon du livre francophone qui aura bientôt lieu à Toronto.

Est-ce que je serais partie seule ? Le Canada me semblait si flou avant le départ, je m’imaginais une vie vraiment différente, une absence totale de repère, un choc culturel de taille, je pense donc que je n’aurais pas eu le courage de partir aussi loin sans Mat, ou sans Haby, puisque c’est avec elle que je projetais ce voyage initialement, par contre je serais sans doute aller en Angleterre ou en Irlande…

Au cours des semaines suivantes, nous découvrons les transports en commun, le système de tokens, de transferts, de day, weekly ou monthly pass. Il faut maintenant se mettre en quête d’un job. Qu’est-ce que j’aimerais faire ? Professeur de français ? C’est ce que je voulais faire en arrivant ici ou bien traductrice, bref, un job où mon français serait une valeur évidente.

Je décide tout d’abord de déposer mon CV dans les écoles de langues de Toronto, ce n’est pas très fructueux, alors je me tourne vers les agences de placement, telles que Quantum, Bilingual Recruiters, Randstad ou encore Bluesky. Bilingual Recruiters, comme Bilingual One, fait partie de ces agences qui proposent principalement des postes permanents et qui nous remercient gentiment d’être venu passer leurs tests mais qui ne nous promettent « rien ». Il est clair cependant que notre statut de Français a une valeur pour ces agences dont les clients cherchent souvent des employés bilingues. L’avantage du Canada sur les autres pays anglophones réside dans le fait que le Français est une langue officielle. Il est possible d’être en immersion tout en ayant un plus face aux autres demandeurs d’emploi, chose qui n’est pas le cas en Australie par exemple, où nous, petits Français, ne pouvons pas mettre en avant notre compétence indéniable : notre connaissance du Français.

Les démarches se révèlent tout de même pénibles. Avec Mat, nous décidons de chercher dans nos domaines respectifs, c’est-à-dire l’informatique pour lui et pour moi…hum… je n’ai pas de domaine… j’ai étudié les langues, voilà tout ! Nous déposons et envoyons des CV un peu partout, nous les mettons en ligne sur www.monster.ca et sur www.workopolis.ca, nous verrons bien…

En cette fin de mois, une jolie chose nous arrive, en fait, elle deviendra jolie au fil des mois, elle s’appelle Zitoun ! Alors que nous sommes en train de capter un réseau sans fil d’un voisin, assis sur les marches devant notre maison, Mat et moi nous faisons accoster par un Français, en stage à Toronto. Il nous propose d’aller avec lui et deux copains qu’il a rencontrés un peu au hasard aussi, à la Casa Loma. Mat et moi acceptons, ce sera l’occasion de visiter un peu la ville par les temps job-obsession qui courent. Nous allons donc avec lui au point de rendez-vous, à Dundas Square et nous faisons la connaissance de Zitoun et de Lionel. La visite n’est pas super mais nous sommes contents d’avoir rencontrés ses deux copains, à qui nous avons l’intention de proposer de venir aux prochaines soirées pvtistes !

Qu’en est-il de notre anglais ? Il s’améliore petit à petit. Je suis contente de voir que ma compréhension orale s’améliore, la recherche d’appartement m’aura bien aidée sur ce point. Quant à Mat, il part pratiquement de 0. Je suis sa professeur, j’essaie de ne pas trop l’embêter, je lui demande « et si tu voulais dire ça en anglais, tu dirais quoi ? », c’est ainsi que petit à petit sa grammaire s’améliore même si le fait de parler anglais avec les Torontois représente encore pour lui quelque chose de laborieux…

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