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Voila, c’est fini…

Jour 5
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Jour 4 – Les règles ? Quelles règles ?

Jour 4 au temple…
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Le corps est la, l’esprit pas…

Day 3

Hier soir j’ai cédé ! J’ai installé la natte en mousse trouvée le premier jour dans la salle des accessoires, et laissée jusque la de côté pour dormir comme tout le monde « à la dure », mais deux nuits bien trop courtes suivies de journées sur les rotules, me font transgresser une règle de plus (même si officiellement, les gens qui ont des problèmes de dos sont autorisés à mettre ce genre de natte sur leur lit…).
Je dors mieux et le réveil à 4h se passe plus en douceur ce matin !  Peut-être aussi que je m’habitue…

Il reste difficile ceci dit, de rester éveillé pendant la première séance de méditation. Je suis le cours de yoga dans son intégralité, je me force à lutter contre mes yeux qui se ferment et je finis par me demander si mon rythme nuit, sieste-yoga, sieste-petit-déjeuner, sieste-déjeuner, sieste-thé n’est pas responsable de ma fatigue permanente. Je décide qu’aujourd’hui, je ne dormirai pas pendant la journée ! Et effectivement, je sens nettement la différence, j’arrive mieux à me concentrer, même si c’est toujours assez difficile de faire le vide dans ma tête (essayez de ne penser à rien d’autre qu’à votre respiration !). J’expérimente de nouvelles méthodes.

Je compte chaque respiration, 1…2…3, je visionne une sorte de barre verticale, que je remonte en inspirant, que je descends en expirant. Ce n’est pas très concluant, mais tout de même plus qu’hier. Disons que je suis un peu dans le flou, je ne sais pas exactement ce que je dois ressentir, qui sait, peut-être que j’y arrive, peut-être que j’en attends trop, peut-être que ce que j’imagine devoir ressentir n’est pas, en réalité, ce qui doit (va ?) se produire…

Au petit-déjeuner, en plus de mes habituelles bébé-bananes adorées, de la nourriture pour tortue et de la mixture de riz aux vertus constipatrices semblerait-il puisque du thé « spécial » – apparemment imbuvable – vient d’être disposé près du buffet, j’ai la bonne surprise de découvrir des crackers. Je crains qu’ils soient trop ceci, trop cela, au soja, épicés et qu’une fois de plus, ce repas se fasse sans sourire, mais non ! Ils sont natures, ils sont bons, *m*o*m*e*n*t* *d*e* *b*o*n*h*e*u*r*…

Ca fait du bien de manger quelque chose qui ait une texture différente de tout ce qui nous est servi ici. Vous devez trouver ça futile que je m’étende tant sur le sujet, mais ça fait partie intégrante de l’expérience même si bizarrement je ne souffre pas trop de ce changement culinaire – moi qui aime tant manger. Je m’y fais, je m’y suis résolue, disons juste que tout ceci rend cruellement fade quelque chose qui rime habituellement avec plaisir.

On a aujourd’hui la possibilité de rencontrer un moine, une nonne ou un professeur pour parler un peu de notre début de parcours et des difficultés que l’on rencontre. Parfait ! Je choisis le professeur qui nous a expliqué qu’il était quasiment impossible – surtout pour des débutants – de faire le vide complet dans sa tête et qui nous conseillait de rester patient – le professeur qui, en d’autres termes, m’a donné espoir, hier, de réussir un jour à méditer. Rendez-vous fixé à 3h30, pendant la walking méditation (quel dommage…). Comme toujours, le cours de Loving kindness m’est très bénéfique.

Aujourd’hui, pour la première fois, je me sens partir, au son de la voix de la nonne. Son désormais fameux « breath in… breath out » me guide, m’apaise et j’arrive, le temps de quelques secondes (comment savoir précisément ?) à m’évader.
Seulement, réussir à faire quelque chose de différent, provoque en moi un sentiment d’excitation, qui, immédiatement, me fait sortir de mon état de bien-être, que je ne parviendrai pas à atteindre à nouveau aujourd’hui…

Pendant ce cours, elle parle de la souffrance qu’engendre la perte d’un être aimé. Elle nous demande de visualiser l’image de nos parents et ajoute qu’une fois partis, ils seront toujours près de nous, dans notre esprit et qu’il n’y donc pas lieu d’être triste. Facile à dire… Déjà qu’ils me manquent… Ses propos provoquent un froncement de sourcils sur mon visage, une crispation de mes traits, je pleure… En silence…

Pendant la pause, je vais sur mon lit, bien décidée à méditer, en position allongée mais de façon sérieuse – cette fois ! En une seconde, me voilà déconcentrée et plongée dans un fou rire que je ne contrôle pas, que je tente d’atténuer tout de même pour ne pas déranger mes voisines, mais que je ne parviens pas à stopper. Je pense à un jour, il y a une dizaine d’années, où mon père devait venir me chercher, comme il le faisait deux samedis par mois.

Quelqu’un sonne à la porte ce jour là et je me demande « Tiens ! Qui ça peut être ? », je mets mon œil dans le judas et vois un homme, la tête baissée, et qui porte un bonnet. Je me tourne vers ma mère et dis « maman, y a un mec chelou à la porte ». Etonnée, elle vient regarder à son tour qui se trouve là, me regarde d’un air surpris et me dit « bah… c’est ton père ! ». Anecdote qui me fait normalement sourire, et qui me plonge aujourd’hui dans un éclat de rire incomparable, je n’arrive pas à m’arrêter, ça fait du bien, si vous saviez !!!

Je pense qu’ici, tous les sentiments de joie sont décuplés. Ce matin, par exemple, un des participants, en achetant du produit anti-moustiques à la petite boutique du temple, s’est vu demandé 270B alors qu’il en avait à peine pour quelques bahts et qu’il devait combler un crédit fait la veille, inscrit sur une feuille (250 : 120). Il demande pourquoi il doit payer autant et l’employé lui montre les 250B inscrits sur la feuille. Il sourit et dit « ah non mais ça, c’est mon numéro de chambre ». Banal ? Pas drôle ? Je peux vous dire que les cinq personnes assistant à la scène se sont mises à rire, sûrement ravies de pouvoir exprimer une émotion autre que la tristesse, l’ennui, le désarroi, sentiments les plus fréquents ici, je pense.

Après ce fou rire souvenir, je m’endors comme une crêpe…

Point intéressant étudié cette après-midi ! La nonne nous dit que lorsqu’on parle, on ne s’écoute pas soi-même. Ceci expliquerait peut-être cela… En ne parlant pas, je me soumets toutes ces choses dont je ne parle pas à Camille, à Olivier, je m’en soumets peut-être même plus puisqu’elle dit qu’en ne parlant pas, on est plus à l’écoute de soi. La conséquence reste que dans mon esprit, tout est sens dessus dessous, et que l’épreuve de concentration devient mission impossible. Je crois que je n’ai pas ma place ici. C’est étrange car je me sens bien, je ne ressens aucun stress, je ne m’ennuie pas – contrairement à Camille qui a tourné en rond le premier jour surtout – je n’ai que des pensées positives mais je n’oublie pas que je ne suis pas là pour avoir ce genre de pensées, pour revendiquer avec plus de force encore ma vie sans méditation, sans Bouddhisme. Tout ceci fait que je me sens en décalage avec ce qui m’entoure, ceux qui m’entourent et que je rêve de me téléporter dans le futur, au 11 août, même si, je le répète, mon séjour ici se passe très bien…

Pendant le déjeuner, une séance de groupe avec un moine nous est proposée. Seules quelques personnes viennent, ça m’étonne assez – mais c’est une bonne opportunité pour les présents, de puiser un maximum d’informations du discours du moine. Il est Anglais, assez maigre et il ne me met pas à l’aise. Il ne regarde personne dans les yeux, pendant les premières vingt minutes du moins. Ses propos sont denses, maîtrisés, aucun mot n’a l’air d’être dit au hasard, à la légère, même si son débit de paroles est rapide.

Il a l’air blasé… mmh je dirais plutôt qu’il est sarcastique mais sa nonchalance donne l’impression qu’il est là, qu’il pourrait être ailleurs, qu’il s’en fiche un peu, qu’il ne se sent pas foncièrement bien, comme s’il avait laissé tomber, difficile de décrire ce que son corps dégage, plus que ses propos par eux-mêmes. C’est un plaisir de l’écouter répondre à nos questions. A l’une d’entre elle, il affirme qu’en effet, fumer des joints aide à méditer mais il ajoute que sans être artiste, on ne peut pas peindre, même avec une drogue, quelle qu’elle soit, dans les veines.

Pendant la seconde walking méditation du jour, je me rends à mon entretien. J’explique au professeur que je n’y arrive pas, que je ne sais même pas ce que je dois ressentir. Il me dit qu’il faut être patiente, que ça va venir et que généralement les bienfaits de la méditation se ressentent une demi-heure, une heure après, pas instantanément, comme je le pensais. Je lui demande si tous les participants parviennent toujours à méditer au bout de dix jours – non ! 

Je vais ensuite dans ma chambre gribouiller quelques notes sur mon calepin, oui, quelques notes seulement car je n’arrive pas à écrire ici. Initialement, nous ne sommes pas censés écrire quoique ce soit – lettre, journal intime entre autres – mais le professeur avec lequel Camille a passé son entretien d’entrée au temple, lui a dit qu’elle pouvait écrire une sorte de journal si elle considérait que ça n’entravait pas son processus de méditation. Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’une sourde me concernant, vous vous en doutez, mais je me trouve sans force, sans courage, sans réelle envie même, d’écrire pendant les pauses et même lorsque je prends mon stylo, décidée à faire ce que j’adore faire, je n’y parviens pas, les mots ne coulent pas. Fatigue ? Ordre de mon corps de ne faire aucune activité divertissante dans un contexte focalisé sur le « Dukkha » ? Je sais juste que c’est assez frustrant et qu’aujourd’hui, 3 août, ma vie n’est faite d’aucun divertissement, si ce n’est de découvrir un cracker sur le buffet, de relever les fausses notes faites par le moine-chanteur, d’observer la Fée Clochette faire sa Mary Ingalls devant la salle de méditation…

J’écris donc rapidement des mots, des phrases, des smileys, qui me permettront, une fois sortie du temple, de pouvoir mettre par écrit mes impressions.
Rien à ajouter sur cette fin de journée, semblable aux précédentes… Je vais me coucher une heure en avance. Certains penseront peut etre que je ne joue pas le jeu, c’est vrai, mais a l’heure qu’il est, je sais pertinemment que je n’ai aucun interet a rester dans la salle de meditation alors que d’une part, je m’endors et que d’autre part, l’exercice ne fonctionne pas…

Et si…

J’ai mal dormi… à peine quelques heures, j’ai tourné, j’ai viré… ce n’est pas possible, je ne vais jamais tenir si je dors aussi peu :(
La cloche sonne, il est 4h. En marchant dans le couloir vide, j’ai les yeux qui se ferment et je me revois, quelques années en arrière, au temps où j’étais en hypokhâgne et où il m’arrivait de me lever à des heures aussi folles pour finir des devoirs. Je trouve ça déprimant, je n’ai pas du tout envie d’aller « en cours » mais je me dis que mon séjour ici ne dure que dix jours et qu’un minimum d’investissement est nécessaire si je veux le mener à bien. Je pense au cours de yoga et conviens que si je ne me sens vraiment pas bien, je pourrais m’endormir au son calme de la voix de Lela…

Je tiens une heure, à faire des étirements, des acrobaties, des tours d’équilibre et de souplesse – pas des plus gracieux – et pendant la dernière demie heure, je reste allongée et m’endors à moitié. Un petit coup d’œil sur la gauche me suffit pour voir que Camille a elle aussi succombé…

J’essaie en vain de me concentrer pendant le cours de méditation. Passent devant mes yeux un beignet, lui, l’accrochage avec le van en Nouvelle Zélande, eux et je m’évade de cette salle silencieuse et concentrée jusqu’à m’endormir, la tête repliée sur les genoux. Comme avant chaque séance de méditation, le moine aborde un nouveau point et aujourd’hui, il tient le discours suivant : la vie doit être faite de choses simples et l’on doit faire abstraction de ces choses superflues auxquelles la société nous a rendus dépendants. La nature est prépondérante, elle doit être respectée. Cela inclue qu’aucun animal, aucun insecte ne doit être tué, pas meme la grosse araignée dégoûtante que vous voyez en vous allongeant sur votre lit ;) L’amusement ne fait pas partie du processus menant au bonheur, il est futile et source de souffrance. Cela nous sera expliqué dans quelques jours…

Je pense à Cam’, à notre éclat de rire lorsqu’en Australie, on a déclenché l’alarme de la voiture dans laquelle on dormait incognito sur le parking d’un hôtel, sans avoir – a priori – le droit d’y être, je pense à certains délires que j’avais avec Mat, à l’arrêt du street car 506 à Toronto, je pense à Homehill et je souris. J’ouvre les yeux puisque de toute évidence, je ne suis pas « dedans » et je regarde autour de moi, je me sens agitée comparée aux autres, si calmes, alors que moi… moi, je pense à ces gens qui font que ma vie est si belle, qui font que chaque jour je ris au moins une fois depuis des mois, depuis des années. Je me dis que rire, c’est l’une des plus jolies choses au monde et que sans elle, je m’éteins. Je réalise un peu plus encore que ma vie m’apporte ce que j’attends d’elle.

Et là, je me demande « et si… ». Et si ma venue ici n’avait pas pour but de m’initier à la méditation mais de réaliser que j’aime ma vie, que j’aime ma vie de « pécheresse », que j’aime manger, dormir, parler, rigoler, faire des bisous à un amoureux…
Olivier avait sans doute raison lorsqu’il disait que si la pratique de la méditation n’aboutissait pas, tout ne serait pas perdu, que l’on aurait dans tous les cas vécu une expérience hors du commun. J’ajouterais que je n’aurais pas le sentiment d’avoir perdu mon temps, qu’au contraire, cette prise de conscience concernant ma vie et ceux qui en font partie ne pouvait etre que benefique pour la suite et que je me serais trouvé dans un état de zen-attitude jamais atteint.

Il faut dire que tout est fait ici pour que ce soit le cas. Nous devons rester silencieux. Que ce soit pendant le cours de méditation, pendant le déjeuner, pendant les pauses, qu’il y ait des gens ou pas autour de moi, les seuls sons que j’entends sont ceux faits par les oiseaux, par le vent dans les arbres, par de l’eau qui coule et – je n’en avais pas vraiment conscience avant – c’est très relaxant. S’ajoutent à cela les heures passées à respirer avec le ventre, de façon profonde et lente, qui mettent le corps dans un état de détente totale. Quand à cela, se mêlent de jolies pensées, de beaux souvenirs, des projets encore plus beaux peut-être, il n’y aucun moyen de se sentir mieux. Voilà comment je me sens, en ce Jour 2.

Pendant le cours de Dhamma, le moine explique que les sentiments pour les gens sont assez complexes et qu’ils peuvent devenir nefastes, car lorsqu’on perd un être aimé, on est triste et on ne peut plus envisager le bonheur. Oui, mais non… Je suis spontanée, je veux vivre ma vie à 100 à l’heure, pas forcément en vivant des choses extraordinaires en permanence mais j’aime croire en une relation tant qu’elle n’est pas finie, j’aime profiter des gens que j’aime sans vraiment penser qu’un jour ils ne seront plus là. C’est dur de perdre quelqu’un je le sais, mais pour rien au monde, je me priverais de ces gens qui m’entourent et des moments geniaux passes avec eux.

C’est comme si pour moi, la douleur faisait partie de la vie, qu’elle contribuait à sa façon au bonheur. C’est en vivant des choses difficiles que j’arrive à apprécier encore mieux les belles choses qui m’arrivent et à prendre avec plus de recul ces choses plus futiles auxquelles je pouvais porter trop d’intérêt avant…

Autour de moi, certains semblent vraiment concentrés, en plein travail de meditation, je me demande s’ils le sont vraiment ou s’ils se donnent du mal pour y parvenir, nuance intéressante… Je ne mange pas beaucoup ce midi, j’ai même l’impression de manger de moins en moins, je me lasse de la nourriture, et – ils ont réussi – je ne prends plus aucun plaisir à manger. L’heure du repas est tout de même celle que j’attends avec impatience car elle rime avec pause.

Nous n’avons pas l’heure ici, la cloche le matin nous réveille, elle nous annonce la fin/le début d’un cours. Les repas séquencent la journée en trois parties dont la première est shamallowique, la deuxième, longue et la dernière, quasiment inexistante pour ma part…
Ce cours de Dhamma est très intéressant car il a pour sujet le passe et le futur. Ceux ci doivent être oubliés. Le passé, comme son nom l’indique, est passé. S’il est synonyme de souffrance, il ne faut pas qu’aujourd’hui encore, il provoque en nous une quelconque douleur. Quant au futur, il n’est pas encore d’actualité, il est donc sans intérêt de s’y intéresser de trop près. Le passé et le futur sont deux éléments de souffrance très fréquents chez les gens « mal éduqués » (comprendre, ceux qui n’ont pas trouvé dans le Buddhisme, une ligne de conduite).

Je suis d’accord avec le principe même si je le trouve difficile à appliquer. Il est vrai que si l’on pouvait parfois oublier un bout de notre passé et ne pas gâcher le moment présent avec des craintes concernant notre futur, tout pourrait aller mieux…
Je n’aime vraiment pas la walking meditation… Aujourd’hui est un grand jour ! Je décide de ne plus faire ma marche comme tout le monde et je choisis, a la place, d’aller dormir ! A l’autre bout du dortoir, j’entends siffler… Je rapplique aux toilettes et je vois Camille, penaude qui me demande si elle peut me parler – je lui dis qu’il n’y a pas de souci, que je suis pas suffisamment immergée dans la méditation pour considérer sa voix comme un élément perturbateur. Elle me fait part de ses doutes, moi des miens, je lui dis que je pense etre hermetique a la meditation. Elle me dit de ne pas me faire de jugement hatif et d’attendre un peu de voir l’evolution des choses…

Le professeur rappelle que si la méditation n’est pas encore maniée avec agilité, c’est normal, qu’il faut attendre quelques jours et qu’il n’y a aucune inquiétude à avoir. Il faut maintenant se concentrer sur sa respiration, savoir si elle est rapide ou lente, agréable ou pas, douce ou forte. En d’autres termes, la ressentir vraiment. J’arrive à savoir si elle est lente ou pas bien sûr, agréable ou pas, mais pour moi, ce sont encore des pratiques peu naturelles et en me concentrant sur ma respiration, en essayant de l’évaluer, voici à peu près ce qui se passe dans ma tête. « J’inspire… j’expire… Là, je dois penser à ses caractéristiques… Euh, elle est lente, ah attends, j’inspire, j’expire ** pensée perturbatrice ** Non, là, tu es censée penser à ta respiration, concentre toi ** nouvelle pensée perturbatrice ** Elle est profonde, assez agréable je dirais, j’inspire… Arrête de penser à ça… », j’ouvre les yeux, je regarde autour de moi. Tout le monde est en position, l’air serein, pfff… Je réitère la manœuvre, sans bien plus de succès  Au moins, je suis détendue ! ;)

La nonne nous parle de son expérience – a ses debuts dans l’univers de la mediation – et dit que pour bien respirer, il faut oublier le passé, chasser ces pensées négatives qui nous envahissent et nous empêchent de méditer. Je me sens incomprise. Je vois des gens tristes ici, des gens qui vivent mal le fait de ne pas y arriver, et au vu de ce que dit la nonne, sûrement que certains parmi nous ont un passé difficile à mettre de côté, mais moi, je ne suis aucun de ceux-là, je me sens bien ici et ce sont des pensées positives qui me « perturbent », vous ma famille, vous mes amis, vous ne m’aidez pas vous savez, je vous vois, je vous entends et vous me manquez…

L’heure du cours de musique arrive :) Comme convenu, je vais vous parler de ce que l’on chante pendant ce cours, qui constitue un de ces rares moments sympas de la journée. On parle de privation, de vie simple, de ne pas jouer, chanter, écouter de la musique, manger pour le plaisir, on parle de mauvais refuges – montagnes, temples – et de vrais refuges, ceux atteints grâce a la méditation et au Bouddhisme.

On chante les premiers mots de Bouddha, les derniers, on dit que chaque naissance apporte un peu plus de souffrance sur la planète et que le contact avec les gens entraîne des sentiments qui entraînent des naissances qui entraînent de l’ignorance qui entraîne de la souffrance. Je chante bien plus pour le plaisir de chanter, de faire sortir des sons de cette gorge toute enrouée maintenant, que pour le contenu des chansons (je vous imagine parents, frérot, tante, vous dire « ça alors, ce n’est pas du tout son genre à la Julie de chanter ce genre de choses », en effet, mais en venant ici, je savais un peu à quoi m’attendre de ce point de vue là, alors je joue le jeu…

Après la pause chocolat chaud, j’ai du mal à méditer, je suis vraiment fatiguée et je ne vois décidément pas l’utilité de cette marche nocturne, qui sera sans doute la dernière…
La dernière demie heure de méditation se fera à l’horizontal, je ne tiens plus…

Un nouveau monde

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